04 janvier 2021
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Histoire de Gan : Henri IV et Henri d'Albret

La commune de Gan a donné naissance, a vu grandir ou s'épanouir un certains nombre de personnalités. Daniel Trallero nous raconte l'histoire d'Henri IV et Henri d'Albret avec Gan.

Comment Gan a été associé à un grand roi et une légende ?

Dans la mémoire populaire le vin de Jurançon évoque aussitôt le baptême d’Henri IV et le geste d’Henri d’Albret, son grand-père, présentant ce vin au nouveau né pour effacer le goût de l’aïl qui l’avait fait grimacer.  

De boun Yuransou que-u pleè lou coupetHenric que-u hourrupa chens ha nade grimace - Il remplit la coupe de bon Jurançon Henri la but sans faire de grimace.

Comment s’est construit cette légende ?

Le texte le plus ancien parlant de la naissance d’Henri IV est celui de Palma-Cayet en 1608, soit 55 ans après cette naissance et à peine 2 ans avant son assassinat : 

"Ainsi vint ce petit prince au monde, sans pleurer ni crier, … [son grand-père] luy bailla un cap d’aïl, dont il lui frotta ses petites lèvres, lesquelles se fripèrent l’une contre l’autre, comme pour sucer ; ce qu’ayant vu le Roy… luy présenta du vin dans sa coupe ; à l’odeur ce petit prince bransla la teste comme peut faire un enfant ; et lors le dit Sieur Roy dit "Tu seras un vray béarnais".  

Quatre ans plus tard, Favyn reprit ce texte mais au lieu de citer simplement Cayet, il le modifia en ajoutant des détails nouveaux. Cette nouvelle version fantaisiste, où Henri IV avala du vin, est devenue en quelque sorte classique et a servi de base à presque toutes les narrations postérieures.

Aucun écrit jusqu’à la fin du XVIII siècle ne précise de quel vin il s’agit et encore moins de quel terroir !  

Il faut attendre la Restauration en 1820 pour voir naître la légende du Jurançon. Lors de la naissance du duc de Bordeaux, le 29 septembre 1820, Louis XVIII s’inspirant des gestes d’Henri d’Albret "fit boire à l’enfant un peu de vin de Jurançon". 

Le Mémorial Béarnais du 10 octobre 1820 rapporte dans les termes suivants : "Et le jeune prince à l’exemple de son aïeul a supporté sans rechigner. On nous assure que l’aïl et le vin de Jurançon avaient été envoyés de notre ville [Pau].." 

Il fallut encore une vingtaine d’années pour enfin identifier la cave d’où ce vin est originaire, c’est-à-dire une cave de Gan. 

Le "mérite" en revient à Dugenne en 1839 dans son "Panorama historique et descriptif de Pau et ses environs". "…Ce que nous recommandons à l’endroit où nous sommes, c’est de faire au moins une station pour aller visiter la célèbre vigne de Gaye (à Gan), qui appartient à M. Sicabaig… Là, se récolte le Johanisberg du Béarn, ce vin merveilleux réservé entièrement autrefois à la table de nos princes, et qui eut l’honneur d’humecter les lèvres d’Henri IV, le jour où il vint au monde. 

On prétend que ce roi faisait un cas si particulier du vin de Gaye qu’on plaçait des sentinelles autour de la vigne afin qu’aucune grappe n’en fût détournée. Et cette précaution n’était pas de trop en effet, quand on pense qu’on ne recueille chaque année qu’un tonneau de ce nectar".  

D’autres auteurs avaient déjà parlé de la Vigne de Gaye sur le territoire de Gan, avant Dugenne : Bonnecaze, Palassou, Bitaubé… mais aucun n’avait fait allusion à Henri IV ! Si le vrai n’est quelquefois pas vraisemblable, on peut retourner la formule et dire que le vraisemblable peut aussi bien, quelquefois, être le vrai.  

Quelle que soit cette vérité laissons encore errer notre imagination et que vive encore longtemps cette légende.

Daniel Trallero - Association Gan-Mémoire et Patrimoine - Mai 2009