08 janvier 2021

Histoire de Gan : le Docteur Pierre Baudot

La commune de Gan a donné naissance, a vu grandir ou s'épanouir un certains nombre de personnalités. Daniel Trallero nous raconte l'histoire du Docteur Pierre Baudot.

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S’il est deux médecins dont le souvenir reste encore vivace pour de nombreux Gantois, ce sont les docteurs Pierre Baudot et Jacques Doassans.

A eux deux, ils soignaient toutes les familles de Gan et des villages environnants.

Nous consacrerons cette page au premier qui exerça à Gan pendant 50 ans, de 1924 à 1974.

Une jeunesse marquée par la Guerre

Issu d’une famille de vignerons bourguignons, Pierre Baudot est né le 8 septembre 1893 à Saint-Mihiel dans la Meuse où son père était militaire de carrière. Il commence ses études à Metz, mais son père est muté à Pau au 18ème RI en 1908. C’est à l’Immaculée Conception qu’il obtient son bac.

En octobre 1912, il s’engage dans l’armée et en novembre 1913, il entre à l’Ecole du Service de Santé Militaire de Lyon. En août 1914, avant de terminer ses études de médecine, il est appelé au front en qualité de médecin auxiliaire. Il est blessé une première fois, une jambe fracturée par un éclat d’obus. Dès son rétablissement en février 1915, il remonte au Front alors que son frère aîné vient d’y périr. Il parcourt alors ces champs de bataille de triste mémoire : Verdun, Fort de Vaux, Fleury, Douaumont. La Croix de Guerre avec une citation récompense sa conduite.

L’été 1916, il participe à la bataille de la Somme et en avril 1917, il est au Chemin des Dames. Il revient en janvier 1918 à Verdun où il est gravement blessé par les gaz de combat. Nouvelle citation.

La guerre finie, il reçoit la Légion d’Honneur. Il termine ses études de médecine à Lyon et en 1922, il revient en Béarn où habitent toujours ses parents. Un de ses hobbies est alors l’aviation ; il survole de nombreuses fois la bastide de Gan pour la photographier, avant de s’y installer en 1924 pour y démarrer son activité médicale.

Une vie de médecin et d’amitié

A une époque où les voitures sont rares, on le voit parcourir des chemins impraticables avec sa moto et terminer souvent à pied, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, par tous les temps pour atteindre une ferme isolée en haut des coteaux. Il était ce « médecin de famille » qui partageait la vie de ses malades avec leurs joies et leurs peines. De l’argent il n’avait cure ; il oubliait très facilement de se faire payer, se contentant d’une tasse de café ou d’un verre de Jurançon, allant jusqu’à glisser un billet sous le verre de ses patients les plus pauvres.

Il se marie le 2 juin 1943 avec Isabelle qu’il avait rencontrée en venant soigner une de ses tantes, réfugiée avec elle au château des Astous. Durant la guerre, Isabelle sera infirmière volontaire de la Croix Rouge française et recevra à ce titre la Croix de Guerre.

Ils auront trois enfants : Marie-Isabelle, Bruno et Michel et achèteront en 1950 la propriété de La Pastoure sur la route de Lasseube. Son épouse l’accompagnait et l’assistait dans la plupart des accouchements qu’il effectuait à domicile, dont le dernier en 1974 à l’âge de 81 ans.

Regard vif, sourire aux lèvres, doté d’une mémoire exceptionnelle, commençant invariablement ses propos par « Ecoute, mon petit gars, …. », le Dr Baudot était intarissable sur l’histoire locale, l’agrémentant souvent de détails savoureux et captivants.

Il fut l’ami intime de Pierre Emmanuel, notre éminent poète et académicien gantois qui sera le parrain de son fils Michel et qui se disait « son petit frère », signe de l’amitié qui les unissait. Il écrivait : « Ce Lorrain fut vraiment […] l’âme de mon village béarnais dont il connaissait toutes les familles […]. Aussi pût-il jouer […] un rôle de conseiller, de guide moral, dans ce rude milieu paysan à la fois désarmé et fataliste devant la maladie et la mort. »

En 1976, il est promu officier de la Légion d’Honneur.

Il décède le 11 mai 1980 dans sa 87ème année. Ses obsèques ont lieu en présence de Pierre-Emmanuel et de nombreux amis sous une pluie battante. Même le temps pleurait sa disparition !

Daniel Trallero

Gan - Mémoire et Patrimoine

Mai 2013