30 décembre 2020
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Histoire de Gan : Louis Bidau

La commune de Gan a donné naissance, a vu grandir ou s'épanouir un certains nombre de personnalités. Daniel Trallero nous raconte l'histoire de Louis Bidau, maire de Gan de 1947 à 1977.

Louis Bidau, maire de Gan et "père du Maïs"

S’il est un nom qui parle à la mémoire des Béarnais, c’est bien celui de Louis Bidau. 

Pendant 30 années, de 1947 à 1977, il fut maire de Gan, il fut aussi le grand défenseur de la cause paysanne et un animateur hors du commun. Bref un homme qui, par son rayonnement, a su peser sur les évènements de son temps.

Louis Bidau est né le 15 septembre 1904 à Bosdarros. Ses parents étaient domestiques chez Labat dans la vallée de Las-Hies mais leur ambition était d’avoir une petite propriété ; ils l’achetèrent à Gan sur la route de Bosdarros et ils purent y cultiver quelques arpents de vigne. Louis avait 9 ans. 

Son enfance fut donc rythmée par les travaux des champs. Très tôt, il manifesta une intelligence au dessus de la moyenne ; il passa son Certificat d’Etudes à l’âge de 11 ans mais ne put continuer ses études. 

Son père avait besoin de lui pour accomplir de multiples tâches ; on le vit aussi casser des cailloux pour l’entretien des chemins autour de Gan. Enfance dure d’autrefois, mais qui forgea un caractère opiniâtre et courageux.

La JAC et le syndicalisme agricole.

Il aime lire, ses lectures lui font prendre conscience de la stagnation du monde agricole. Vers 1925, par le biais des Cercles d’Etudes Agricoles mis en place par l’Ecole Supérieure d’Agriculture de Purpan, il s’inscrit avec d’autres jeunes Béarnais aux cours par correspondance du Pére Barjallé, homme qui comptera beaucoup dans sa vie.

Avec lui, il devient un des fondateurs de la JAC (Jeunesse Agricole Catholique) en Béarn où il se distingue déjà par ses talents oratoires.

En 1927, des concours de maïs sont organisés entre ces jeunes, concours qui seront reconduits chaque année pour exposer les plus beaux épis. A l’époque, on semait "le grand roux basque", "le doré de Gomer","le blanc de Chalosse" ou encore "la millette de Lauragais" mais on ne connaissait pas les hybrides et la sélection des semences se faisait à partir des plus beaux épis, parfois "chipés" au voisin au cours d’une "espérouquère" !

Ces Cercles et ces concours ouvrent la voie au renouveau du maïs et les services officiels organisent à Pau le 1er Congrès international en 1930.En 1928, il est remarqué par Samuel de Lestapis, homme politique dirigeant local du syndicalisme agricole et deviendra rapidement sont second en s’occupant des "jeunesses paysannes". Durant ces années d’avant-guerre, il sera contrôleur laitier en montagne ; avec un vélo sans dérailleur, il rendait visite aux bergers et sut nouer des amitiés avec le monde du pastoralisme.

La remise en route après la guerre.

Mobilisé dans le Génie en 1939, il rejoint Samuel de Lestapis à son retour de la "drôle" de guerre au sein de l’Union Départementale de Corporation Paysanne. Il lui succèdera comme Président en 1943.

Pendant cette période trouble il évite à de nombreux jeunes de partir au Service du Travail Obligatoire (STO) en leur établissant de faux-certificats. A la libération, la Corporation Paysanne disparaît et il devient Président FDSEA et du Comité Départemental d’Action Agricole.

En 1948, alors que les "concours de maïs" d’avant-guerre sont reconduits, Louis Bidau rencontre Luc Alabouvette, professeur à l’Ecole d’Agriculture de Montpellier (futur INRA) qui revient d’une visite aux USA. Ce dernier lui apprend que les Américains utilisent déja des maïs hybrides depuis 25 ans et que ces nouvelles variétés rendent caduques la sélection empirique pratiquée jusqu’alors en Béarn.

Après la guerre, l’apogée de sa carrière

L’AGPM 

En 1949, Louis Bidau devient Président de l’Association Générale des Producteurs de Maïs (AGPM) et le restera jusqu’en 1973.

Fin 1949, il organise à Pau le 2ème Congrès international du maïs. Puis, avec son ami et fidèle compagnon Jacques Etchebarne, il s’attache à organiser en France la production des semences hybrides « à haut rendement ». L’ampleur de la tâche est énorme car il faut vaincre toutes les réticences, mais la « révolution du maïs » est en route et durera 15 ans.

La Coop de Pau 

En 1951, il devient Président de la Coopérative Agricole des Céréales du Bassin de l’Adour (CACBA). C’est l’actuelle société Euralis installée à Lescar depuis 1977. Pour lui la Coopération sera le moteur de cette « révolution » et la « Coopé » fera du Béarn la capitale du maïs.

En 1952, il prend la présidence de la Chambre d’Agriculture et, en 1954, il obtient que le maïs puisse bénéficier d’un prix garanti, au même titre que le blé ; c’est une grande victoire. Il accueillera le Général de Gaulle en 1959, Nikita Kroutchev en mars 1960, mais aussi des ministres de l’Agriculture comme Edgar Pisani, Jacques Chirac. Il poursuivra sa tâche avec acharnement si bien qu’en 1971, lorsqu’il quittera la CACBA, les surfaces en maïs avaient été multipliées par 3 et les rendements par 4.

L’homme

L’homme

Un rayonnement exceptionnel, un orateur à l’éloquence puissante et directe qui savait rassembler, subjuguer : « un extraordinaire pouvoir de conviction qui devenait parfois spectaculaire » dira Hubert Buchoou. Il s’engageait à fond dans tout ce qu’il entreprenait.

Il gravit rapidement les échelons par la confiance et la foi qu’il inspirait. Il accumulera de nombreuses responsabilités d’abord régionales puis nationales. Tous les leaders politiques s’accordaient pour reconnaître son influence : il aurait pu être un homme politique dominant dans le département.

Le Maire

Le Maire

Louis Bidau fut aussi maire de Gan, pendant 30 ans, d’octobre 1947 à mars 1977. Il fut le maire de l’union, en rassemblant une liste d’agriculteurs, ouvriers et commerçants.

Il donne un nouvel essor à la commune avec : 

  • la Cave Coopérative du Jurançon installée à Gan en 1949, alors qu’elle devait être à Monein ; son ami et collaborateur Frédéric Miramon en sera le 1er directeur. 
  • « Les Castors » premier lotissement de Gan en 1953. 
  • la mise en place des égouts dans la ville en 1960, 
  • l’électrification des campagnes et le goudronnage des chemins vicinaux, 
  • la construction de la salle omnisports qui porte aujourd’hui son nom.

De 1970 à 1977, il se retire progressivement de toutes ses responsabilités. En1976-1977, une fois par semaine, il intervient sur les ondes de Radio Béarn pour « Trois minutes de Souvenirs » et de philosophie humaine. 

Il nous quittera le 4 octobre 1984 des suites d’une longue maladie.

Daniel Trallero

Assocation GAN - Mémoire et patrimoine 

Octobre 2011